Que nous apprend le nouveau protocole d’essai sur la psilocybine pour l’anorexie chez les jeunes ?
Un équipe de l’Université de Lund en Suède a publié dans PLOS ONE le protocole complet d’un essai de phase IIa qui attire l’attention. Baptisée psiAN, cette étude randomisée et contrôlée évalue si l’administration de psilocybine, accompagnée d’un cadre psychologique structuré, est sûre et réalisable chez des adolescents et de jeunes adultes présentant une anorexie mentale récurrente. Il s’agit d’un protocole préenregistré, sans résultats à ce stade. L’objectif est la transparence sur la méthode avant l’analyse des données.
Pourquoi s’intéresser à la psilocybine dans l’anorexie ?
L’anorexie mentale reste l’un des troubles psychiatriques les plus graves, avec une mortalité élevée et de fréquentes rechutes après un rétablissement initial. Il n’existe pas de médicament approuvé pour traiter les symptômes centraux de la maladie. La psilocybine est étudiée car elle pourrait agir sur des mécanismes clés comme la rigidité cognitive, les comportements compulsifs et l’évitement émotionnel. Ces dimensions sont aussi présentes dans la dépression et l’addiction, où des signaux d’efficacité ont déjà été observés. Des données précliniques suggèrent en outre une amélioration du maintien pondéral et de la flexibilité cognitive dans un modèle animal, avec une implication de récepteurs sérotoninergiques, notamment 5‑HT1A.
Comment l’étude est-elle conçue ?
Les participants ont entre 16 et 35 ans, une anorexie mentale selon le DSM‑5, et ont déjà connu un retour pondéral au moins partiel, avec un IMC d’au moins 17, suivi d’une rechute. La randomisation se fait en deux groupes. Le premier reçoit deux séances de 25 mg de psilocybine, encadrées par une prise en charge psychologique standardisée, en plus des soins habituels. Le second suit uniquement les soins habituels. Les personnes du groupe contrôle peuvent se voir proposer la psilocybine après six mois. En raison des effets subjectifs prononcés, l’aveugle n’est pas réalisable, ce que les auteurs indiquent comme une limite méthodologique.
Que va mesurer l’équipe ?
Le critère principal est la sécurité et la tolérance, avec un suivi des effets indésirables, un monitoring psychiatrique et des paramètres médicaux. Les critères secondaires incluent l’évolution des symptômes des troubles du comportement alimentaire, les mesures de rechute, l’humeur, le bien‑être et certains traits de personnalité, avec un suivi jusqu’à 12 mois. Deux volets exploratoires se distinguent. Des IRM fonctionnelles sur un scanner 7 Tesla pour étudier la connectivité cérébrale durant des tâches de traitement de la récompense et d’exposition à des images d’aliments très caloriques. Des dosages sanguins de BDNF, une protéine associée à la plasticité cérébrale et aux processus d’apprentissage.
À quoi ressemble l’accompagnement thérapeutique ?
Le groupe expérimental suit deux séances de psilocybine espacées de quatre semaines. Chaque séance se déroule avec deux thérapeutes formés et un protocole précis. Des rencontres de préparation ont lieu en amont, l’attitude pendant la session est plutôt non directive, et plusieurs séances d’intégration suivent. Chaque participant doit désigner une personne de confiance, proche aidant, pour un soutien pratique et émotionnel après les sessions, dans l’esprit des approches familiales souvent utiles en anorexie.
Une inclusion prudente des mineurs
Les 16 et 17 ans ne seront inclus qu’après l’examen par un comité de sécurité des données des participants adultes de 18 à 35 ans. Pour les mineurs, l’accord du jeune et de ses deux représentants légaux est requis. Les chercheurs soulignent que l’exclusion systématique des adolescents n’est pas neutre sur le plan éthique, car l’anorexie débute souvent à l’adolescence et une longue durée non traitée assombrit le pronostic.
Calendrier, financement et transparence
Le recrutement a débuté le 1er mars 2026 et devrait s’achever en octobre 2027. Le suivi sur 12 mois se poursuit jusqu’en octobre 2028. Les premières analyses sont attendues à partir de 2029. La principale source de financement est Norrsken Mind, avec un soutien complémentaire de Region Skåne, de l’État suédois et de plusieurs fonds de recherche. Les auteurs ne déclarent pas de conflits d’intérêts. Pour un aperçu détaillé du protocole, vous pouvez consulter la synthèse publiée sur le forum ici : source.
Ce que cela peut changer
Si l’étude confirme la sécurité et la faisabilité, et si des signaux d’amélioration clinique apparaissent, elle pourrait ouvrir la voie à des interventions plus ciblées pour une population à haut risque de rechute. Une étude de phase 1 chez des femmes adultes avec anorexie avait déjà montré qu’une dose unique de 25 mg de psilocybine était bien tolérée, avec des effets indésirables le plus souvent légers et transitoires. Dans ce travail préliminaire, des souvenirs traumatiques dissociés ont émergé chez certaines participantes durant la session, avec ensuite une amélioration cliniquement pertinente, ce qui suggère que la résolution de traumatismes pourrait contribuer au rétablissement. La combinaison d’IRM 7T et de mesures de BDNF dans psiAN apportera aussi des indices mécanistiques concrets sur les circuits cérébraux impliqués.
S’informer et se faire accompagner
Si vous ou un proche êtes concerné par un trouble du comportement alimentaire, un accompagnement psychologique structuré et une préparation soignée restent essentiels, quels que soient les choix thérapeutiques. Pour échanger sur votre situation et recevoir une orientation, vous pouvez vous inscrire pour un entretien. Vous pouvez également vérifier notre zone d’intervention et nos disponibilités. Pour en savoir plus sur notre travail aux Pays‑Bas, consultez Triptherapie Pays Bas.
Conclusion
Le protocole psiAN est l’un des premiers essais contrôlés qui se penche spécifiquement sur l’anorexie chez les adolescents et jeunes adultes avec la psilocybine. Il place la sécurité au premier plan et intègre des mesures neurobiologiques ambitieuses. Les résultats attendus à partir de 2029 diront si cette piste peut compléter utilement les approches actuelles pour une pathologie encore trop souvent résistante et récidivante.